lundi 13 août 2007

Un pont entre science et religion

par Benoît Lebon



La querelle science/religion (darwinisme/dessein intelligent) engagée sur Internet et ailleurs reprend de façon jusqu’ici un peu stérile un vieux débat philosophique inné/acquis, avec l’univers à la place de l’homme. Science et religion pourraient pourtant se retrouver sur un socle commun.


L’œuf et l’oiseau


Partons déjà d’un constat : la science et la religion ne pourront jamais nous dire « lequel a été le premier de l’œuf ou de l’oiseau». Tout en assemblant laborieusement son puzzle à partir de pièces nées d’un œuf d’univers (Big-bang) dont elle ne peut connaître la provenance, la science pourra toujours mieux expliquer notre monde. La religion voudra en faire autant à partir d’un oiseau apparu tout aussi mystérieusement (Dieu). L’œuf et l’oiseau auraient pourtant leur place dans un concept commun d’infini qui s’impose à tous après la découverte du Big-bang, d'un infini potentiellement porteur de vie.


La Loi du Puzzle

Mais comment la science pourrait-elle découvrir un oiseau aussi subtil à se dissimuler sinon en suivant jusqu’au bout une logique du puzzle où seule la pièce manquante trouve sa place ? Pour s’approcher toujours plus de la réalité, il lui faudrait définir une loi de complétude qui entrerait tout à fait dans sa logique. Car si la métaphore bien connue de la montre trouvée n’exclut pas les lois du hasard, que déduire de la découverte de cet œuf sinon qu’un oiseau est passé par là ? Lorsque la partie du puzzle déjà partiellement réalisée suggère fortement des figures ou des arborescences en développement, pourquoi ne pas s’en inspirer dans la construction de l’avenir ? Ne pouvant rationnellement se prononcer sur la nature de cet oiseau comme le fait la religion, la science pourrait par la loi du puzzle en déduire tout aussi bien son existence. Une loi qui resterait contestable comme toutes les autres.
La science ne ferait d’ailleurs là que remonter le problème d’un étage : comment serait né l’oiseau ? Mais elle ne progresse jamais autrement, n’éclairant que les étages inférieurs de la connaissance avant de s’aventurer dans des escaliers toujours ténébreux. Un univers infini, ou une infinité d’univers, serait déjà moins magique que notre univers fini, l’oiseau pouvant encore être né du hasard dans un univers dont le nôtre ne serait qu’une excroissance.



Un dessein éternellement poursuivi


Partant de l’œuf et de l’oiseau, le dessein intelligent pourrait d’ailleurs rebondir et se perpétuer avec l’homme et d’autres êtres avancés de notre univers. Ce rebond serait en fait déjà en cours : si le futur pouvait être exploré, nos ancêtres nous prendraient pour des dieux et nous verrions de même nos descendants. L’homme pourrait lui-même devenir un acteur local dans ce rebond en jouant un rôle quasi divin auprès d’autres êtres dans le futur, comme dans l’exemple d’ une hominisation de primates en apartheid cosmique sur une autre planète par notre espèce
].
Ce serait bien là l’ébauche d’un dessein intelligent que des ET plus avancés pourraient avoir eu le temps de pousser un peu plus loin, sinon de terminer.


Un modèle gigogne de conscience universelle


Un modèle gigogne de conscience universelle apparaît ainsi peu à peu avec l’oiseau engrossé de notre univers tout entier. Chacune des poupées gigognes n’est cependant certaine que de sa propre existence dans le ventre de l’oiseau, et de l’existence d’embryons de poupées qu’elle porte éventuellement dans son propre ventre et dont elle contrôle discrètement l’évolution (hominisation de primates). Elle ne pourrait non plus affirmer qu’elle n’est pas elle-même, à côté d’autres poupées semblables, dans le ventre d’une poupée intermédiaire encore plus grosse qui la contrôlerait tout aussi discrètement pour le compte de l'oiseau.
Toujours à la recherche de poupées pareillement avancées en grossesse avec lesquelles il lui faudrait impérativement faire alliance et synthèse pour survivre et sauvegarder toujours mieux l’intelligence universelle, chacune des poupées gigognes pourrait prétendre être la plus grosse dans le ventre de l’oiseau sans jamais vraiment cesser d’en douter. Et la plus grosse elle-même ne cesserait de douter de sa position d’avant-garde qu’après une longue sinon éternelle solitude dans cet univers qu’elle aurait enfin ordonné, devenant par là même un nouvel oiseau capable d’engendrer un nouvel univers par un nouveau big bang.


Des indices troublants


Même s’ils s’inscrivent parfois « comme en négatif », certains éléments viennent conforter un tel modèle de survie de l’intelligence universelle, un modèle basé sur un apartheid cosmique hiérarchisé des civilisations et une synthèse des consciences acquises réalisée impérativement à chaque étape de l’évolution :
- Pour survivre, tout nid d’intelligence doit être protégé suffisamment longtemps contre d’éventuels prédateurs capables de voyages interstellaires, et la Terre l’a été.
- L'homme deviendrait un prédateur cosmique pour toute forme d'intelligence s'il devait peupler la galaxie suivant le modèle de colonisation terrestre. L’absence de traces apparentes de prédation cosmique plaide pour un apartheid délibéré d'éventuels ET plus avancés.
- L’homme pourrait maintenant créer un nouveau nid d’intelligence en hominisant en apartheid cosmique une nouvelle espèce issue de primates terrestres. Ce qu’il peut raisonnablement faire devrait déjà avoir été fait par d’autres êtres plus avancés.
- Une synthèse de l’intelligence terrestre est déjà engagée avec la mondialisation.
- Comme chaque poupée gigogne de notre modèle, l’homme doute et doutera probablement toujours, même s’il s’engageait dans une telle évolution.


La similitude observée dans le monde de la matière entre l’infiniment petit et l’infiniment grand pourrait se retrouver dans le monde de la conscience entre l’homme et l’univers.


Un instinct de survie cosmique



L’homme abandonne son instinct animal de survie au moment où il s’apprête à quitter son nid, un moment attendu par tous les prédateurs. Serait-il assuré de conserver son rôle de chasseur dans un univers de type terrestre, où il n’y aurait pour lui que des proies ? Tout terrain inconnu est pourtant potentiellement peuplé de prédateurs pour tout chasseur avisé. Tout comme des ET avancés bien disposés envers l’homme, des prédateurs intelligents ne se laisseraient pas facilement découvrir par leurs futures proies, et ils pourraient bien exister tout autant que les premiers ! Par pure précaution, l’homme ne devrait donc prendre le risque d’attirer l’attention de ces derniers qu’après s’être mis, par une démonstration évidente, sous la potentielle protection des premiers.


Avant de prendre son envol vers l’avenir, il est donc maintenant face à un choix décisif : celui de poursuivre dans son jeu traditionnel et cruel de chasseurs et de proies, ou de s’engager concrètement dans un jeu d’alliance et de synthèse, sur cette planète comme dans l’univers.

Il n’est donc pas très avisé de sa part de s’avancer à découvert en bombant belliqueusement le torse comme avec SETI et la militarisation de l’espace, tout en refusant de démontrer concrètement sa volonté de paix universelle. Qu’il choisisse de conserver son rôle de chasseur dominant ou de rejoindre le camp de la paix et de la synthèse universelle, l’homme devrait d’abord se rendre le plus possible invisible pour se fondre dans un terrain apparemment désert. Toute autre attitude est incohérente.


Une sphère gigogne


Il est curieux de constater que l’homme s’intéresse tant au passé et si peu à l’avenir, décortiquant l’œuf du Big-bang jusqu’aux premières picosecondes tout en négligeant les toutes prochaines années. Dans la laborieuse construction de son puzzle qui s’enfle comme l’univers, la science serait-elle moins qualifiée pour placer les pièces du futur que celles du passé ? A la projection de l'histoire de l'univers, l’homme est pourtant arrivé en milieu de séance pour ne rester que quelques instants. S’il veut malgré tout tenter de reconstituer l’intrigue, pourquoi pourrait-il mieux décrire la première partie du film que la seconde? Toute nouvelle pièce posée ne peut que mieux reconstituer l’image la plus avancée du puzzle et faciliter la mise en place des dernières pièces sur une sphère de conscience de plus en plus grosse. Et sur chaque sphère gigogne, il ne restera toujours qu’une dernière pièce à poser, un infini ou une part irréductible de doute ou d’ignorance que science et religion pourront aménager chacune à sa guise.