mercredi 12 novembre 2008

Vers une métamorphose artificielle de l'homme

par Benoît Lebon -----------------------------------------------Accueil & Index.

Une humanité piégée ?

Aurions-nous été visités par des extraterrestres ? Les media placeraient l’étoile la plus proche près de Saturne alors qu’elle est des dizaines de milliers de fois plus éloignée. Un automate terrien n'y parviendrait qu'au bout de dizaines de milliers d’années, et un vaisseau habité n'est même pas envisageable. Nos surplus annuels de population ne peuvent aller coloniser d'autres planètes et nous manquerons donc de plus en plus de ressources et d'espace. Cet enfermement stellaire semble condamner l'espèce (A. Lebeau: L’Enfermement planétaire, Gallimard 2008). La Terre serait donc un œuf planétaire portant une humanité en voie de pourrissement? Tout œuf peut finir ainsi, mais un poussin peut aussi sortir d'un oeuf bien couvé. Un être nouveau ne pourrait-il naître de même d'une coquille terrestre épuisée ?

L'éclosion cosmique du "digitosapiens"

Si le poussin doit sortir à temps de sa coquille, l'homme pourrait-il rester dans un oeuf planétaire inépuisable ? L'entropie croissante (degré de désordre) d'un système isolé lui commande de se consacrer, toutes affaires cessantes, à une éclosion cosmique de la flamme d'intelligence qu'il porte. Il doit se donner les moyens de "casser sa coquille" en se métamorphosant en un être capable de transcendance ("le digitosapiens").

Une métamorphose artificielle : Après de récents succès enregistrés, la science pourrait rendre artificiels tous les organes, donnant peu à peu à l'homme une performance surhumaine : vue, ouie, odorat, goût, tact... et de nouveaux sens. Une association optimale de composants pour la maîtrise d'un corps de moins en moins naturel conduirait finalement à une élimination des organes eux-mêmes. Des systèmes (digestif, respiratoire, urinaire, etc.) artificiellement optimisés autoriseraient sans doute un passage direct des nutriments dans le sang (alimentation électrique?). Un sang peu à peu réduit à la seule irrigation d'un cerveau naturel greffé sur un corps artificiel.

Un cerveau artificiel serait lui-même plus complexe à réaliser. Mais ses données sont déjà largement artificielles (culturelles) et une hominisation de primates donnerait à l'homme l'expérience requise pour rendre artificiel son propre cerveau ! Des chercheurs sans doute trop optimistes parlent d’une simulation de l'organe dans une cinquantaine d’années. L'avenir pourrait toutefois permettre d'enregistrer les données individuelles sur un support artificiel, l'homme devenant peu à peu un assemblage de pièces détachées gardant sa personnalité.

Ces mémoires individuelles de moins en moins volumineuses et massives s'intègreraient dans des "digitosapiens" (sapiens "digitalisés") capables de vivre sur une Terre épuisée, sur d'autres corps célestes hostiles à la vie biologique, ou dans l'espace cosmique. Une civilisation de digitosapiens réunie en un essaim cosmique deviendrait ainsi de plus en plus virtuelle dans une existence collective indispensable à la survie.

Un être gigogne de synthèse

Ces données individuelles stockées dans des mémoires collectives pourraient alors permettre de réduire la population par une association des êtres suivant un modèle de construction puzzle et gigogne d'existence (poupées russes). Si l'homme s’est jusqu'ici multiplié, on assisterait alors à une tendance inverse grâce à une union/synthèse des êtres artificiels (digitosapiens), à la manière des organismes unicellulaires qui s'étaient associés au début de la vie terrestre pour former des organismes plus complexes.

Le commandement biblique : "croissez et multipliez !" pourrait devenir "Communiez et décroissez !", l’accouplement gigogne allègeant l'essaim en réduisant sa population. En s'associant suivant des choix traditionnels (amour, goûts communs...), le couple disparaîtrait dans cette synthèse (mariage) pour faire place à un être gigogne plus complexe. Initialement pourvus de patrimoines de données distincts, les partenaires réaliseraient ainsi la construction d'un nouvel être naissant au terme d'une longue métamorphose fusionnelle ! Des recherches sur la formation du cerveau du fœtus humain permettraient d’élaborer un modèle de fusion artificielle d'après le modèle naturel.

Mariages interstellaires : Pour plus d'épanouissement et de performance, cette synthèse des couples terriens artificiels pourrait se poursuivre par une association de partenaires de plus en plus nombreux dans chaque entité gigogne. Des êtres gigognes plus ou moins complexes pourraient ainsi coexister dans l'essaim terrestre. Mais les voyages interstellaires pourraient également permettre de tels mariages artificiels entre terriens et extraterrestres pareillement mutés. Intégrés dans des faisceaux d'ondes, des êtres gigognes seraient en effet potentiellement présents partout où ce rayonnement serait reçu ! Ce dernier pourrait lui-même venir "moduler un rayonnement fossile d'intelligence" laissé par d'autres générations cosmiques dans des couches successives d'une mémoire universelle.

Une conscience gigogne universelle : Cette mutation gigogne tendrait vers un "emboîtement de type lego" de tous les êtres artificiels dans des "Lego interstellaires". Mais le modèle conduit à l'infini à une Conscience Gigogne Universelle constituée de "Lego interstellaires" semblablement emboîtés.

Des gigognes interstellaires comprendraient mieux l'univers et pourraient ainsi aller à la recherche de semblables galactiques issus d'une pareille mutation. Ils formeraient ensemble une civilisation cosmique capable de nouvelles synthèses et de la découverte d’autres mondes plus lointains et complexes.

Matrice artificielle d'une évolution naturelle : L'existence possible de voyageurs interstellaires ayant acquis une forme de vie gigogne ouvrirait à l'homme d'autres perspectives. Cette métamorphose artificielle ne serait d'ailleurs pas en contradiction avec une évolution darwinienne. De même qu'elle a pu montrer après Wegener que les côtes de l'Amérique du Sud et de l'Afrique s'emboîtaient dans un puzzle initial, la science pourrait découvrir que la conscience humaine "s'emboîte" bien dans la matrice gigogne d'un puzzle universel dont la construction est déjà commencée, sinon achevée. Une construction à laquelle l'homme serait naturellement invité à participer.

Un apartheid de sauvegarde

L'homme écarte toute intervention extraterrestre dans son évolution. Pourtant, les hypothèses généralement avancées pour expliquer sa solitude apparente se ramènent finalement à deux seules, dont une doit être vraie :

1) Evasion interstellaire impossible : les espèces intelligentes naissent et meurent enfermées dans leur écosystème.

2) Evasion de voyageurs interstellaires : l'espace interstellaire est accessible aux civilisations très avancées.

Un impérialisme cosmique discret serait aussitôt exercé par les premiers évadés d'un système stellaire dans leur nouvel espace maîtrisé. Comme de bons cultivateurs face à des champs voisins laissés en friches ou mal entretenus, ils ne feraient ainsi que se protéger devant une potentielle invasion d'autres espèces jugées par eux-mêmes barbares. Ces dernières devraient être préparées à l'allégeance cosmique avant d'être accueillies dans le club des voyageurs interstellaires. Dès son entrée dans ce club, un contrôle extraterrestre effectif serait donc institué par l'homme lui-même, avec ou sans l'assistance des autres membres éventuels auxquels il devrait allégeance, mais qui pourraient encore demeurer discrets. Pour la survie de l'intelligence universelle, il devrait en toutes circonstances contrôler l'évolution des espèces enfermées qu'il serait amené à découvrir. Ce veto d'un impérialisme cosmique imposé aux futures élites serait fondé sur la force de l'intelligence, et non sur celle née de la violence (militaire, économique, etc.), comme c'est largement le cas chez les élites terrestres.

Notre sommation aux extraterrestres avancés de prouver leur existence est irrecevable. Manquent-ils de visibilité, ou nous de claivoyance ? Nous les imaginons avec des performances quasi humaines, mais si l’intelligence est uniformément répartie, sa part terrestre sur la part universelle est la masse du système solaire sur celle de l’univers, soit une intelligence presque totalement extraterrestre ! Les êtres les plus avancés auraient une avance de millions ou de milliards d’années, et comme les virus longtemps ignorés en raison de leur petitesse, ils échapperaient à notre observation en raison de leur grandeur.

Une transcendance artificielle de l'humanité : L'observation a permis de dévoiler les secrets de l’univers. L’homme a ainsi déterminé que la mort d’une étoile intervient après une certaine durée de vie, que la formation d’un système planétaire apparaît lorsque certaines conditions sont remplies, etc. Bref, qu’il existe des étapes majeures dans l’évolution, chaque étape (naissance ou mort d’une étoile, d’une planète, etc.) n’intervenant qu’après la réalisation de certaines conditions. Chaque étape dans l’évolution de l’univers peut être vue comme un test cosmique passé par la nature dans son cycle, un échec à ce test résultant par exemple dans l’absence de formation stellaire ou planétaire, etc. Il pourrait en avoir été de même dans l’évolution d’une conscience universelle après un Big-Bang initial, et l’intelligence de l’homme pourrait alors servir de mesure dans l’exploration d’un univers de conscience qui resterait à découvrir, comme ce fut le cas pour l’univers matériel.

Chaque pas vers la conscience a sans doute exigé une condition spécifique à remplir par l’espèce. Une des conditions aurait été l'invention des premiers outils, une autre la découverte de l’agriculture, conduisant à la vie sédentaire, l’organisation sociale... La récente conquête de l’espace aurait représenté une autre condition spécifique, aucune exploration du système solaire n’étant imaginable sans elle. Mais ce dernier pas est insuffisant pour une exploration de la galaxie. Les voyages interstellaires resteraient inaccessibles à des êtres biologiques en raison des technologies et des énergies requises pour le maintien de la vie à bord.
Un être artificiel de nature gigogne doit libérer l'intelligence de son enfermement stellaire.

Une assurance cosmique :
Le silence cosmique pourrait cacher une couverture extraterresre de protection et de surveillance des espèces jugées barbares ("oeuf planétaire couvé") . Une avance de millions ou de milliards d’années des plus avancés exclurait compétition et échanges dans le contrôle d'une évolution. L'enfermement stellaire serait alors une "garderie cosmique" des espèces moins avancées dans leur marche vers une transcendance qui vise à une protection éternelle de l'intelligence. S'il devrait plus que jamais ménager ses ressources pour la métamorphose artificielle qui l'attend, l'homme pourrait donc quelque peu s'apaiser devant leur épuisement actuel, l'oeuf terrestre étant finalement destiné à devenir un cadavre cosmique comme d'autres (Mercure, Mars, etc.). En devenant voyageur interstellaire, l'homme aurait fait un pas décisif vers la découverte d'un principe anthropique fort qui exclut que l'évolution puisse être le fruit du seul hasard.


Une prééminence cosmique irrationnelle

L'homme se dit prêt à accepter l'existence d'êtres plus avancés, mais son comportement dit tout le contraire. Ce pari sur sa prééminence cosmique le porte jusqu'ici à la violence envers ses propres semblables et à la destruction de la vie. Il aurait tout à gagner, et rien à perdre, à faire l'autre pari (un pari de Pascal actualisé) qui représente une forme d'assurance-vie. Même si l'assurance peut sembler inutile avant sinistre !

Un capitalisme exterminateur et castrateur : Devant des juges impartiaux (extraterrestres !), l'Occident impérialiste répondrait pour ses propres crimes (Indochine, Irak, …), et pour ceux des autres (Cambodge, Chine, Russie, etc.) qui n'ont été que des seconds couteaux dans sa razzia planétaire. Le plus fort aurait dû se montrer le plus sage en construisant la paix. Mais il n'a édifié qu'un impérialisme d'oligarchies (media, économie, etc.) qui s'octroient la quasi totalité des moyens de réelle intervention dans la construction de la société, laissant des citoyens castrés, comme des eunuques dans le harem. Un impérialisme armé d'un capitalisme exterminateur qui leurre l'espèce sur un mirage de rattrapage de l'Ouest qui exigerait déjà la colonisation de 3 à 6 planètes comme la Terre ! "Enrichissez-vous avec nous dans le marché !" scandent les privilégiés aux déshérités !

Un piège cosmique planétaire se refermerait sur une humanité gaspillant son énergie pour les caprices sans cesse croissants de privilégiés ! Même si elle n'était pas la seule cause du réchauffement climatique, elle épuise en tous cas les ressources mesurées d'une garderie cosmique qui ne pourrait éternellement la prendre en charge. Un réchauffement climatique incontournable semble engagé. Mais s'il doit être freiné, il pourrait aussi relever d'une évolution normale, comme le confirmeront peut-être d'autres cadavres cosmiques de planètes solaires. L'humanité n'aurait pas à épargner son énergie "pour sauver la planète", mais pour se donner le temps de préparer sa transcendance artificielle et sa sortie interstellaire. Après plus de 50 ans, la recherche sur la vie dans l'univers est dans l'impasse, mais le problème qu'elle doit résoudre est le même que celui qu'auraient déjà résolu d'éventuels voyageurs interstellaires : Comment perpétuer l'intelligence ?

Gaza et l'enfermement planétaire : Gaza est une des cellules planétaires d’apartheid (économique, ethnique, ...) instituées par les plus forts pour préserver des trésors de guerre soutiens de leur impérialisme. La survie dans la région commande de réaliser une comm(union) passant par un renoncement à tous les trésors de guerre. La libération de Gaza donnerait à l’humanité plus de chances de sortir de son enfermement.

Une hominisation de primates incontournable

par Benoît Lebon


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L’espèce est enfermée sur une planète qui s'épuise et qu’elle ne pourrait quitter en tant que telle (A. Lebeau : L'Enfermement Planétaire. Le débat, Gallimard, 2008).


Face à la mort, l'individu se reproduit (sexuellement) pour perpétuer l'espèce. Devant un sort semblable qui l'attend, l'espèce aurait-elle un autre choix que la reproduction ? Pour perpétuer la vie intelligente, il semble bien qu'elle doive se reproduire, cette fois artificiellement, en hominisant une nouvelle espèce intelligente à partir de primates. Comme elle en a aujourd'hui les moyens, y renoncer serait irresponsable :


- Si elle a été hominisée par des êtres plus avancés, elle doit à son tour transmettre l’intelligence qu'elle a reçue.


- Si elle est seule ou si elle est la plus avancée dans l'univers, cette hominisation s'impose encore davantage.


Procréation cosmique (cosmoprocréation)

Cette découverte de son enfermement dans une coquille d’œuf planétaire devrait amener l'homme à s'interroger. S’il était vraiment le nombril de l’univers comme il le prétend, cette place de leader devrait être effectivement occupée avant qu’elle ne lui échappe. Mais le seul fait d’être devenu scientifiquement et technologiquement capable de préparer un œuf planétaire semblable à celui qui le contient conforte plutôt l’hypothèse d’une cosmoprocréation de l'humanité tout entière. Des parents ou des tuteurs cosmiques s'attendraient alors à ce que l'espèce perpétue à son tour l'intelligence, que l’univers soit par ailleurs né du hasard ou pas ! Il s'agirait pour l'humanité et l'univers d'un véritable projet d'union cosmique en vue de la procréation d'une nouvelle espèce, à l'image du couple qui s'engage dans une union matrimoniale en vue de la mise au monde d'une nouvelle descendance.



Des engagements intelligents et des moyens appropriés devraient être réunis pour ce "projet de transcendance cosmique".



Un apartheid terrestre pour les primates

Pour cette hominisation, les réserves naturelles existant sur notre planète devraient être transformées, et de nouvelles créées. Les primates ne pourraient en effet évoluer vers la conscience s'ils étaient agressés par notre société de consommation (urbanisation, trafic, chasse, déforestation…). De larges zones périphériques devraient encore être libérées de toute activité intensive (agriculture, tourisme…). Au moins une réserve naturelle serait aménagée par continent, à des latitudes convenant aux primates. Pour des raisons de climat et de peuplement, l’Europe en serait exclue.


Ces réserves seraient encore agrandies par étapes pour permettre une longue évolution de la nouvelle espèce vers la conscience. L’homme devrait donc libérer d'autres espaces pour permettre aux primates la “conquête” de nouveaux territoires sur lesquels toute trace humaine (bâtiments, monuments, routes, etc.) aurait été effacée. Il serait ainsi conduit à coloniser d’autres espaces inhabités (zones froides et déserts, îles artificielles, archipels, milieux marins, souterrains, stations orbitales…). L'Afrique serait en particulier transformée en une grande réserve, à l'exception des zones les plus densément peuplées et exploitées (côtes, hauts plateaux...). Une fraction importante de la population de la planète serait un peu partout amenée à migrer vers le nord pour laisser de vastes régions tropicales à la vie animale, à l’exception de zones protégées ("déserts", souterrains, îles…) aménagées près des réserves pour les personnels de formation.

Le monde de nos descendants cosmiques serait ainsi protégé contre les perturbations apportées par le monde civilisé (avions, routes et rails, bruits citadins, pollution, tourisme…).


Une invisibilité humaine

Cette évolution contrôlée des primates serait de longue haleine. L’acquisition d'incréments de conscience nécessaires à une hominisation devrait s'inscrire dans des projets de recherches spécifiques menés par des équipes multidisciplinaires. Une meilleure connaissance du cerveau humain serait en particulier requise. Ces recherches auraient pour but de faciliter l’évolution des primates grâce à l’acquisition du langage, à des manipulations génétiques, etc. Tolérable au début, toute cohabitation hommes/primates serait rapidement exclue : il n’existe en effet pas de place pour deux espèces intelligentes dans un même espace.


Les primates devraient peu à peu en venir jusqu’à oublier l’existence même de l’humanité. Ils ne pourraient en effet évoluer vers la conscience avec une présence humaine à leurs côtés, une présence qui ne conduirait qu’à une formation de singes-robots sans doute adroits et performants, mais pas à des êtres vraiment conscients. L’homme devrait par conséquent se rendre invisible dans ses interventions, tant en ce qui concerne son apparence physique que ses réalisations. Tous les outils, machines, constructions, … devraient ainsi être éliminés des réserves, les objets laissés sur place devant garder une apparence naturelle.


De stricts protocoles devraient être suivis dans les relations entre maîtres et élèves pour des contacts très étroits qui resteraient toujours nécessaires (opérations sanitaires ou autres). Mais tel le chasseur à l’affût, l’homme devrait se rendre de plus en plus invisible, la bête ne devant jamais parvenir à le démasquer. Les réserves seraient en fait discrètement équipées comme de véritables laboratoires, avec des postes d’observation permettant le suivi des primates dans leurs déplacements. Leurs voies d'accès seraient cachées par des obstacles naturels (chutes ou surfaces d’eau, souterrains…), les maîtres se donnant les moyens d’observer et d’intervenir à tout moment. Des systèmes de télédétection/surveillance seraient installés un peu partout, ainsi que sur les primates eux-mêmes. Des robots d'un aspect naturel (pierres, troncs d’arbres, …) seraient largement utilisés à cette fin. Pour éviter toute rencontre fortuite, les frontières elles-mêmes seraient rendues inaccessibles aux primates par des moyens de dissuasion indétectables pour des yeux de primitifs (champs magnétiques répulsifs, bruits mystérieux…).


L’homme devrait devenir de plus en plus discret, sa présence pouvant arrêter toute évolution. Appelé à ressembler un jour à l’homme, le primate ne devrait jamais le voir sous son vrai jour, ni même avoir une totale certitude de son existence. Fréquentes tout au long de cette hominisation contrôlée, les interventions devraient donc toujours se faire sous une forme masquée ou par le moyen de ruses et d’artifices. Comme avec les petits enfants, de simples masques ou ruses pourraient aux premiers temps faire l’affaire (masques d’animaux, mises en scène de situations ou d’évènements, anesthésie générale, médicine…), mais ce “théâtre” devrait par la suite trouver des formes plus complexes d’expression, les primates déjà un peu évolués devenant moins candides. Cette science de l’invisibilité devrait devenir de plus en plus sophistiquée avec des sujets parvenus au niveau des hommes préhistoriques, et encore davantage lorsqu’ils auraient atteint celui de l’homme moderne.


L'hypothèse d'un apartheid humain

On contestera sans doute que l’homme lui-même ne puisse découvrir une présence ET sur sa planète avec les moyens modernes dont il dispose. Mais avec une avance de milliers ou de millions d’années, l’art du “cache-cache cosmique” deviendrait très sophistiqué s’il faisait partie de la stratégie des ET envers les espèces les moins avancées, comme ce serait le cas pour nous envers nos primates. L’écart d’intelligence entre les parties ne serait jamais réduit (nos primates pourraient-ils nous découvrir si nous ne le voulions pas?). Des observateurs ET de l’homme disposeraient de même de moyens de contrôle et de surveillance dont nous n’aurions aucune idée. Ils ne nous laisseraient les découvrir que si cela entrait à un moment dans leur stratégie, et il serait vain d'envisager une compétition quelconque avec eux. Nos programmes actuels (SETI…) ne pourraient en aucun cas aboutir, sauf si eux-mêmes le souhaitaient, ce qui serait actuellement peu probable.

Camouflage en apartheid

Les enfants et les naïfs sont facilement émerveillés devant les jeux de cirque. Mais un public mieux informé amène les artistes à inventer des tours de plus en plus complexes. L'homme serait conduit à faire de même dans cette éducation en apartheid où il deviendrait avec le temps de plus en plus difficile de tromper le primate en évolution. Une science du camouflage faisant appel à des techniques de surveillance et de contrôle de plus en plus complexes serait développée pour détecter des réactions très intimes et pour les traduire en dernier lieu en langage binaire. Ces systèmes seraient finalement remplacés par des manipulations génétiques et des implants intégrés dans la boîte cranienne ou dans d’autres parties du corps, les progrès étant facilités par une meilleure connaissance du cerveau allant de pair avec cette hominisation. L’homme serait en fin de compte capable de “lire dans le cerveau du primate”, devenant “l’oeil mystérieux” dans la conscience de son élève.

Nos progrès scientifiques et technologiques permettraient de suivre cette évolution jusqu’à la conscience grâce à des moyens de plus en plus sophistiqués. Des programmes spécifiques de recherche pourraient y être consacrés.

Un homme éclaireur cosmique

L’apartheid étant établi, l’homme pourrait encore se présenter aux primates en tant qu'éclaireur cosmique. Il serait vu comme un être mystérieux doué de pouvoirs magiques. Destinées à des primates déjà un peu conscients, ces brèves apparitions ne devraient laisser aucun doute sur la nature magique de l’intervenant (extraterrestre, ange, créature venue du ciel?), et elles pourraient être préalablement annoncées dans les réserves sous une forme symbolique (totems, figurines…). Des acteurs tantôt éblouissants et tantôt menaçants seraient utilisés en fonction des messages à faire passer. Associées à des simulations de phénomènes naturels (grondements d’orages, éclairs, etc.), ces interventions auraient pour but de susciter des comportements de respect ou d’adoration, de crainte, etc. D’autres comportements souhaités pourraient ainsi être enseignés.

Ces apparitions s’adresseraient à des populations entières, mais aussi à des groupes restreints ou à des individus isolés. Différents thèmes de formation pourraient ainsi être programmés en vue de créer des liens sociaux entre les individus et de faire naître des légendes ou des mythes au sein de la nouvelle espèce, tout en nourrissant toujours le doute sur la réalité même de ces apparitions. Cette culture du doute serait en effet indispensable pour maintenir un apartheid cosmique sans lequel les élèves primates ne pourraient que devenir des robots en chair et en os, sans aucune conscience réelle.

Conscientisation des primates

Des incréments de conscience (ou de savoir) pourraient être apportés aux élèves par de nouvelles conditions de vie ou des épreuves imposées, et des techniques traditionnelles de mise en scène seraient utilisées à cette fin. Ainsi, avec les moyens rendus possibles par la science et la technologie, des acteurs déguisés en primates (ou des robots primates) pourraient faire des démonstrations sur des thèmes précis de formation. La naïveté du singe serait une aide en cette occasion, mais l'imagination de l'homme serait de plus en plus sollicitée au fur et à mesure que le primate cheminerait vers la conscience.


La diversité des thèmes serait presque illimitée : vie sociale, chasse et défence, hygiène… Des démonstrations pourraient ainsi être mises en scène pour l’usage d’un outil ou pour divers enseignements : bâton/arme, pierre/marteau, silex/couteau, arbre/pont, pierre creuse/bol, et plus tard, pour la découverte du feu, du langage, la domestication des animaux, l’agriculture, l’habillement, la construction d’une hutte… Des démonstrations de plus en plus complexes deviendraient possibles lorsque la conscience aurait grandi, et l’acquisition de nouveaux outils ou savoirs ouvrirait ensuite la porte à d’autres possibilités. L’évolution vers la conscience pourrait ainsi progresser pas à pas.

Des cellules d'apartheid

Chaque réserve naturelle serait divisée en classes ou cellules d'apartheid (8-20 primates?) elles-mêmes formées à partir de familles naturelles ou de tribus. Avec une ou plusieurs centaines d’élèves par réserve, les maîtres éclaireurs seraient plus nombreux que les élèves, chaque maître étant chargé de l’éveil d’une sensibilité particulière. Exemples de sensibilités à faire naître dans les cellules : notions de vie sociale, de respect, de faute, de bonne action, d’hygiène… Des programmes d’enseignement pourraient être élaborés et gérés comme dans un établissement scolaire : matières, examens et contrôles…

Les petits primates seraient dès leur naissance équipés et intégrés dans les cellules. Seule l’expérience pourra dire si les primates en cellules pourraient continuer à cotoyer les autres laissés à l’état sauvage, mais une séparation serait probablement requise rapidement. Des moyens artificiels pourraient être utilisés à cette fin : systèmes répulsifs, changements de couleur de peau, sanctions télécommandées...

Télésuivi des primates en apartheid

Des dispositifs de télécommande discrets seraient montés sur les primates. Initialement simples de conception (type Argos, GPS…) et plus complexes par la suite (implants ?), ils assureraient un échange permanent de données entre le maître éclaireur (ange gardien) et l'élève. Ces équipements seraient sans doute finalement remplacés par de véritables organes (glandes de sécrétion, circuits neuronaux…) intégrés au corps comme les autres, grâce à des manipulations génétiques ou autres.

Cet équipement permettrait un suivi permanent des données individuelles. Certaines de ces données pourraient déjà être gérées : température corporelle, pression sanguine et urinaire, rythme cardiaque… D’autres le deviendraient rapidement, tels que : émotivité, troubles et stress, état maladif, sommeil, attention, mort… D’autres encore plus subtiles acquises grâce à une sensibilité accrue (goûts, sentiments, connaissances, qualités/défauts, habitudes, tempérament….) devraient pouvoir être prises en compte avec les progrès de la science, en particulier dans la connaissance du cerveau. Une transmission digitale de sentiments intimes (humains ?) devrait à terme devenir possible. La sensibilité de l’élève croîtrait ainsi avec son potentiel de conscience ou son instinct de survie (le savoir, génétique ou autre, c’est la survie!). Doué de savoirs intuitifs ou réels grâce à de nouvelles habitudes, son mode de vie évoluerait.

D’autres enseignements en apartheid deviendraient possibles avec un potentiel de conscience croissant du primate. Les systèmes de transfert de données entre l’élève et son maître éclaireur progresseraient avec la science et la technologie et devraient par conséquent être périodiquement remplacés. Le maître lui-même évoluerait vers une forme d’être artificiel (être bionique, ...) pourvu de nouveaux moyens de supervision qui pourraient alors être intégrés dans le cerveau même du primate. Les élèves et leur descendance devraient être suivis et contrôlés tout au long de leur existence.

Enseignement en apartheid du Bien et du Mal

En plus de ces possibilités de suivi des élèves primates (localisation, etc.), les implants de contrôle qui leur seraient greffés pourraient également être programmés en vue d’assurer des fonctions particulières de formation. Des systèmes capables de créer chez le primate des sentiments de malaise (fièvre, oppression…) ou au contraire de bien-être (calme, confort, sécurité…) permettraient l’acquisition de différentes notions de conduite. Cet enseignement en apartheid total pourrait être communiqué de la manière suivante :

- Impulsions ou pics de sanction infligés à l’élève pour toute mauvaise conduite : relations incestueuses ou avec des sauvages, franchissement de frontières interdites, mauvaises habitudes… Surpris en flagrant délit de mauvaise conduite par son maître gardien par des moyens d’observation directs ou automatiques, le sujet serait aussitôt sanctionné par des impulsions qui le rendraient mal à l’aise plus ou moins longtemps. Il associerait naturellement ce malaise à sa conduite du moment, et à force de sanctions répétées, il apprendrait peu à peu à ne plus adopter ce mauvais comportement face à des situations semblables, tout comme l’animal ou l’enfant puni pour mauvaise conduite.

- Impulsions ou pics de récompense accordés à l’élève pour toute bonne conduite : respect des semblables, des anciens, des symboles divins, noble attitude… Surpris dans une attitude de bonne conduite par son maître gardien, le sujet serait aussitôt récompensé par des impulsions qui lui apporteraient un bien-être plus ou moins intense et plus ou moins long. Il associerait ce sentiment de bien-être au choix de comportement qu’il viendrait d’adopter, et à force de récompenses répétées, il en viendrait à renouveler ce choix dans toutes les situations similaires, tout comme l’animal ou l’enfant récompensé pour bonne conduite.

Constitution d'un CV digital individuel
: Ces impulsions ou pics de sanction et de récompense permettraient de développer et de mesurer de façon précise « des indices particuliers d'empathie », c'est-à-dire des potentiels de réaction du sujet face à des évènements ou objets de son environnement. Ces indices particuliers d'empathie s'intègreraient par la suite dans un CV digitalisé représentatif de l'individu en tant qu'être.

L’oeil invisible de la conscience

Des règles générales de conduite pourraient ainsi être enseignées aux primates en apartheid total. Ces pics (sanction, récompense) pourraient être programmés pour nombre de situations rencontrées, et le niveau de malaise ou de bien-être dépendrait du nombre d’impulsions et de leur intensité. Discrètement équipés de tels implants et surveillés en permanence par des systèmes audiovisuels, les pensionnaires seraient ainsi sanctionnés ou récompensés selon leur attitude concrète face aux évènements (rencontres, dangers, phénomènes météo, …) qui pourraient eux aussi être programmés tout au long de leurs itinéraires, ou rencontrés de façon fortuite. Ces sanctions et récompenses accroîtraient le pouvoir des “dieux”, les primates devenant peu à peu conscients de la présence d’un oeil mystérieux qui les juge en permanence selon leur comportement (“l’oeil invisible de la conscience”).

Ces savoirs intuitifs seraient inculqués et finalement intégrés au patrimoine génétique des nouveaux êtres après des générations de formation en apartheid cosmique. Si le langage binaire permet d’écrire les plus beaux poèmes et les équations les plus complexes avec deux seuls symboles (0, 1), des programmes complexes de comportement devraient également pouvoir être écrits dans le cerveau du primate avec deux impulsions codées (1 : bien-être; 2 : malaise). Une conscience réelle serait sans doute encore plus difficile à acquérir par les primates que la maîtrise de la lecture et de l’écriture par les enfants, et des répétitions quotidiennes seraient également nécessaires dans cet enseignement. Des examens de contrôle devraient être passés. Mais cet enseignement en apartheid devrait être possible.


Plus encore que l'enseignant traditionnel, le maître gardien devrait faire appel à son imagination pour délivrer son message “incognito”. Mais l’élève serait sans aucun doute capable d’acquérir un savoir intuitif considérable pendant une formation qui s’étendrait sur plusieurs générations grâce à un transfert de données à la descendance par l’éducation parentale.

La philosophie d'une cosmogonie gigogne

L'hypothèse d’une semblable hominisation contrôlée de notre espèce par des ET plus avancés pourrait s'inscrire dans le cadre d'une construction gigogne de l'intelligence cosmique. Mais malgré un silence cosmique qui perdure, l'humanité pourrait déjà s'engager dans la construction d'un univers de conscience gigogne en hominisant une nouvelle espèce, tout en prétendant demeurer l'espèce la plus avancée d'un univers matériel né de façon aléatoire. Et cet univers matériel pourrait encore être né par hasard après une rupture éventuelle du silence cosmique, et la découverte de notre propre hominisation par d'autres êtres plus avancés. Des problèmes philosophiques d'un nouvel ordre se poseraient sans doute :

Puisqu’il n’aurait pas vraiment tout découvert par lui-même à partir de zéro, l’homme ne serait-il pas une sorte de robot, pourraient se demander les pessimistes ? Mais les optimistes auraient une autre réponse : en quoi cette éducation contrôlée serait-elle différente de celle de parents ou d’enseignants traditionnels ? Mozart ou Einstein seraient-ils moins méritants pour avoir dû comme les autres apprendre le B.A-BA de leur art et l’expérience de leurs prédécesseurs avant de pouvoir ouvrir de nouvelles portes ? L’apprenti peut aller aussi loin que le maître, et il ne lui est pas non plus interdit de le dépasser !

L’éducation d’une descendance cosmique de l’homme pourrait en tous cas être programmée par des maîtres gardiens bien humains. Les pics de sanction et de récompense transmis au primate accroîtraient son potentiel de conscience et se traduiraient finalement par de nouvelles attitudes dans son comportement quotidien. Ces nouvelles habitudes conduiraient à leur tour à de nouvelles conditions de vie, ouvrant ainsi la porte à de nouveaux enseignements. Un nouveau domaine de sciences cognitives est à explorer dans cette direction.