par Benoît Lebon -----------------------------------------------Accueil & Index.
Une humanité piégée ?
Aurions-nous été visités par des extraterrestres ? Les media placeraient l’étoile la plus proche près de Saturne alors qu’elle est des dizaines de milliers de fois plus éloignée. Un automate terrien n'y parviendrait qu'au bout de dizaines de milliers d’années, et un vaisseau habité n'est même pas envisageable. Nos surplus annuels de population ne peuvent aller coloniser d'autres planètes et nous manquerons donc de plus en plus de ressources et d'espace. Cet enfermement stellaire semble condamner l'espèce (A. Lebeau: L’Enfermement planétaire, Gallimard 2008). La Terre serait donc un œuf planétaire portant une humanité en voie de pourrissement? Tout œuf peut finir ainsi, mais un poussin peut aussi sortir d'un oeuf bien couvé. Un être nouveau ne pourrait-il naître de même d'une coquille terrestre épuisée ?
L'éclosion cosmique du "digitosapiens"
Si le poussin doit sortir à temps de sa coquille, l'homme pourrait-il rester dans un oeuf planétaire inépuisable ? L'entropie croissante (degré de désordre) d'un système isolé lui commande de se consacrer, toutes affaires cessantes, à une éclosion cosmique de la flamme d'intelligence qu'il porte. Il doit se donner les moyens de "casser sa coquille" en se métamorphosant en un être capable de transcendance ("le digitosapiens").
Une métamorphose artificielle : Après de récents succès enregistrés, la science pourrait rendre artificiels tous les organes, donnant peu à peu à l'homme une performance surhumaine : vue, ouie, odorat, goût, tact... et de nouveaux sens. Une association optimale de composants pour la maîtrise d'un corps de moins en moins naturel conduirait finalement à une élimination des organes eux-mêmes. Des systèmes (digestif, respiratoire, urinaire, etc.) artificiellement optimisés autoriseraient sans doute un passage direct des nutriments dans le sang (alimentation électrique?). Un sang peu à peu réduit à la seule irrigation d'un cerveau naturel greffé sur un corps artificiel.
Un cerveau artificiel serait lui-même plus complexe à réaliser. Mais ses données sont déjà largement artificielles (culturelles) et une hominisation de primates donnerait à l'homme l'expérience requise pour rendre artificiel son propre cerveau ! Des chercheurs sans doute trop optimistes parlent d’une simulation de l'organe dans une cinquantaine d’années. L'avenir pourrait toutefois permettre d'enregistrer les données individuelles sur un support artificiel, l'homme devenant peu à peu un assemblage de pièces détachées gardant sa personnalité.
Ces mémoires individuelles de moins en moins volumineuses et massives s'intègreraient dans des "digitosapiens" (sapiens "digitalisés") capables de vivre sur une Terre épuisée, sur d'autres corps célestes hostiles à la vie biologique, ou dans l'espace cosmique. Une civilisation de digitosapiens réunie en un essaim cosmique deviendrait ainsi de plus en plus virtuelle dans une existence collective indispensable à la survie.
Un être gigogne de synthèse
Ces données individuelles stockées dans des mémoires collectives pourraient alors permettre de réduire la population par une association des êtres suivant un modèle de construction puzzle et gigogne d'existence (poupées russes). Si l'homme s’est jusqu'ici multiplié, on assisterait alors à une tendance inverse grâce à une union/synthèse des êtres artificiels (digitosapiens), à la manière des organismes unicellulaires qui s'étaient associés au début de la vie terrestre pour former des organismes plus complexes.
Le commandement biblique : "croissez et multipliez !" pourrait devenir "Communiez et décroissez !", l’accouplement gigogne allègeant l'essaim en réduisant sa population. En s'associant suivant des choix traditionnels (amour, goûts communs...), le couple disparaîtrait dans cette synthèse (mariage) pour faire place à un être gigogne plus complexe. Initialement pourvus de patrimoines de données distincts, les partenaires réaliseraient ainsi la construction d'un nouvel être naissant au terme d'une longue métamorphose fusionnelle ! Des recherches sur la formation du cerveau du fœtus humain permettraient d’élaborer un modèle de fusion artificielle d'après le modèle naturel.
Mariages interstellaires : Pour plus d'épanouissement et de performance, cette synthèse des couples terriens artificiels pourrait se poursuivre par une association de partenaires de plus en plus nombreux dans chaque entité gigogne. Des êtres gigognes plus ou moins complexes pourraient ainsi coexister dans l'essaim terrestre. Mais les voyages interstellaires pourraient également permettre de tels mariages artificiels entre terriens et extraterrestres pareillement mutés. Intégrés dans des faisceaux d'ondes, des êtres gigognes seraient en effet potentiellement présents partout où ce rayonnement serait reçu ! Ce dernier pourrait lui-même venir "moduler un rayonnement fossile d'intelligence" laissé par d'autres générations cosmiques dans des couches successives d'une mémoire universelle.
Une conscience gigogne universelle : Cette mutation gigogne tendrait vers un "emboîtement de type lego" de tous les êtres artificiels dans des "Lego interstellaires". Mais le modèle conduit à l'infini à une Conscience Gigogne Universelle constituée de "Lego interstellaires" semblablement emboîtés.
Des gigognes interstellaires comprendraient mieux l'univers et pourraient ainsi aller à la recherche de semblables galactiques issus d'une pareille mutation. Ils formeraient ensemble une civilisation cosmique capable de nouvelles synthèses et de la découverte d’autres mondes plus lointains et complexes.
Matrice artificielle d'une évolution naturelle : L'existence possible de voyageurs interstellaires ayant acquis une forme de vie gigogne ouvrirait à l'homme d'autres perspectives. Cette métamorphose artificielle ne serait d'ailleurs pas en contradiction avec une évolution darwinienne. De même qu'elle a pu montrer après Wegener que les côtes de l'Amérique du Sud et de l'Afrique s'emboîtaient dans un puzzle initial, la science pourrait découvrir que la conscience humaine "s'emboîte" bien dans la matrice gigogne d'un puzzle universel dont la construction est déjà commencée, sinon achevée. Une construction à laquelle l'homme serait naturellement invité à participer.
Un apartheid de sauvegarde
L'homme écarte toute intervention extraterrestre dans son évolution. Pourtant, les hypothèses généralement avancées pour expliquer sa solitude apparente se ramènent finalement à deux seules, dont une doit être vraie :
1) Evasion interstellaire impossible : les espèces intelligentes naissent et meurent enfermées dans leur écosystème.
2) Evasion de voyageurs interstellaires : l'espace interstellaire est accessible aux civilisations très avancées.
Un impérialisme cosmique discret serait aussitôt exercé par les premiers évadés d'un système stellaire dans leur nouvel espace maîtrisé. Comme de bons cultivateurs face à des champs voisins laissés en friches ou mal entretenus, ils ne feraient ainsi que se protéger devant une potentielle invasion d'autres espèces jugées par eux-mêmes barbares. Ces dernières devraient être préparées à l'allégeance cosmique avant d'être accueillies dans le club des voyageurs interstellaires. Dès son entrée dans ce club, un contrôle extraterrestre effectif serait donc institué par l'homme lui-même, avec ou sans l'assistance des autres membres éventuels auxquels il devrait allégeance, mais qui pourraient encore demeurer discrets. Pour la survie de l'intelligence universelle, il devrait en toutes circonstances contrôler l'évolution des espèces enfermées qu'il serait amené à découvrir. Ce veto d'un impérialisme cosmique imposé aux futures élites serait fondé sur la force de l'intelligence, et non sur celle née de la violence (militaire, économique, etc.), comme c'est largement le cas chez les élites terrestres.
Notre sommation aux extraterrestres avancés de prouver leur existence est irrecevable.
Manquent-ils de visibilité, ou nous de claivoyance ? Nous les imaginons avec des performances quasi humaines, mais si l’intelligence est uniformément répartie, sa part terrestre sur la part universelle est la masse du système solaire sur celle de l’univers, soit une intelligence presque totalement extraterrestre ! Les êtres les plus avancés auraient une avance de millions ou de milliards d’années, et comme les virus longtemps ignorés en raison de leur petitesse, ils échapperaient à notre observation en raison de leur grandeur.Une transcendance artificielle de l'humanité : L'observation a permis de dévoiler les secrets de l’univers. L’homme a ainsi déterminé que la mort d’une étoile intervient après une certaine durée de vie, que la formation d’un système planétaire apparaît lorsque certaines conditions sont remplies, etc. Bref, qu’il existe des étapes majeures dans l’évolution, chaque étape (naissance ou mort d’une étoile, d’une planète, etc.) n’intervenant qu’après la réalisation de certaines conditions. Chaque étape dans l’évolution de l’univers peut être vue comme un test cosmique passé par la nature dans son cycle, un échec à ce test résultant par exemple dans l’absence de formation stellaire ou planétaire, etc. Il pourrait en avoir été de même dans l’évolution d’une conscience universelle après un Big-Bang initial, et l’intelligence de l’homme pourrait alors servir de mesure dans l’exploration d’un univers de conscience qui resterait à découvrir, comme ce fut le cas pour l’univers matériel.
Chaque pas vers la conscience a sans doute exigé une condition spécifique à remplir par l’espèce. Une des conditions aurait été l'invention des premiers outils, une autre la découverte de l’agriculture, conduisant à la vie sédentaire, l’organisation sociale... La récente conquête de l’espace aurait représenté une autre condition spécifique, aucune exploration du système solaire n’étant imaginable sans elle. Mais ce dernier pas est insuffisant pour une exploration de la galaxie. Les voyages interstellaires resteraient inaccessibles à des êtres biologiques en raison des technologies et des énergies requises pour le maintien de la vie à bord. Un être artificiel de nature gigogne doit libérer l'intelligence de son enfermement stellaire.
Une assurance cosmique : Le silence cosmique pourrait cacher une couverture extraterresre de protection et de surveillance des espèces jugées barbares ("oeuf planétaire couvé") . Une avance de millions ou de milliards d’années des plus avancés exclurait compétition et échanges dans le contrôle d'une évolution. L'enfermement stellaire serait alors une "garderie cosmique" des espèces moins avancées dans leur marche vers une transcendance qui vise à une protection éternelle de l'intelligence. S'il devrait plus que jamais ménager ses ressources pour la métamorphose artificielle qui l'attend, l'homme pourrait donc quelque peu s'apaiser devant leur épuisement actuel, l'oeuf terrestre étant finalement destiné à devenir un cadavre cosmique comme d'autres (Mercure, Mars, etc.). En devenant voyageur interstellaire, l'homme aurait fait un pas décisif vers la découverte d'un principe anthropique fort qui exclut que l'évolution puisse être le fruit du seul hasard.
Un capitalisme exterminateur et castrateur : Devant des juges impartiaux (extraterrestres !), l'Occident impérialiste répondrait pour ses propres crimes (Indochine, Irak, …), et pour ceux des autres (Cambodge, Chine, Russie, etc.) qui n'ont été que des seconds couteaux dans sa razzia planétaire. Le plus fort aurait dû se montrer le plus sage en construisant la paix. Mais il n'a édifié qu'un impérialisme d'oligarchies (media, économie, etc.) qui s'octroient la quasi totalité des moyens de réelle intervention dans la construction de la société, laissant des citoyens castrés, comme des eunuques dans le harem. Un impérialisme armé d'un capitalisme exterminateur qui leurre l'espèce sur un mirage de rattrapage de l'Ouest qui exigerait déjà la colonisation de 3 à 6 planètes comme la Terre ! "Enrichissez-vous avec nous dans le marché !" scandent les privilégiés aux déshérités !
Un piège cosmique planétaire se refermerait sur une humanité gaspillant son énergie pour les caprices sans cesse croissants de privilégiés ! Même si elle n'était pas la seule cause du réchauffement climatique, elle épuise en tous cas les ressources mesurées d'une garderie cosmique qui ne pourrait éternellement la prendre en charge. Un réchauffement climatique incontournable semble engagé. Mais s'il doit être freiné, il pourrait aussi relever d'une évolution normale, comme le confirmeront peut-être d'autres cadavres cosmiques de planètes solaires. L'humanité n'aurait pas à épargner son énergie "pour sauver la planète", mais pour se donner le temps de préparer sa transcendance artificielle et sa sortie interstellaire. Après plus de 50 ans, la recherche sur la vie dans l'univers est dans l'impasse, mais le problème qu'elle doit résoudre est le même que celui qu'auraient déjà résolu d'éventuels voyageurs interstellaires : Comment perpétuer l'intelligence ?
Gaza et l'enfermement planétaire : Gaza est une des cellules planétaires d’apartheid (économique, ethnique, ...) instituées par les plus forts pour préserver des trésors de guerre soutiens de leur impérialisme. La survie dans la région commande de réaliser une comm(union) passant par un renoncement à tous les trésors de guerre. La libération de Gaza donnerait à l’humanité plus de chances de sortir de son enfermement.

