lundi 1 octobre 2007

POUR UNE INITIATIVE DE PROTECTION COSMIQUE DE L'ESPECE

par Benoît Lebon
Il est souvent de bon ton d’appeler les citoyens ordinaires à laisser le terrain de la réflexion aux seuls scientifiques, même dans les domaines où la science a décidé de ne pas s’investir. Ainsi en est-il du problème de protection cosmique auquel l’homme devrait impérativement faire face dans l’hypothèse d’une existence d’êtres capables de voyages interstellaires. Rien ne permettant actuellement de dire que de tels voyageurs existent, l’homme a peut-être un peu trop rapidement décidé que le problème ne se posait pas. Mais comme rien ne permet non plus d’affirmer le contraire, il devrait plus probablement en déduire que le problème se pose bien.

C’est en effet l’attitude couramment adoptée en matière de défense terrestre. Ainsi, le président des Etats-Unis n’attendrait certainement pas d’avoir la certitude de l’existence chez ses adversaires potentiels d’armes capables de détruire impunément son pays avant de lancer une étude de contre-offensive : le moindre doute est plus que suffisant.
Une initiative de protection cosmique ne serait en l’occurrence rien d’autre qu’une stratégie d’assurance de survie pour l’espèce. Une conscience universelle est en effet au moins potentiellement en cours de gestation avec l’humanité et on ne peut affirmer qu’elle n’a pas été poussée plus loin par d’autres êtres.

Une protection cosmique de l'espèce
Le rasoir d’Occam n’est pas un argument décisif pour exclure l’existence de voyageurs interstellaires. Pour rester bref, chacun peut déjà observer que la science elle-même permet déjà de dire que nous serions des dieux pour nos ancêtres tout comme nos descendants seraient des dieux pour nous si le futur pouvait être exploré. C’est déjà pour l’humanité l'ébauche d'un potentiel de gestation d’une conscience universelle même si elle est seule, du moins si elle parvient à survivre.
L’homme ne peut actuellement se prononcer sur l’existence de voyageurs interstellaires ni sur l'évolution qu'ils auraient suivi dans le cas où ils existeraient. Mais il pourrait sans risque parier sur un instinct de survie de tous les êtres intelligents de cet univers, un instinct universel qui les conduirait à refuser de devenir des proies face à d’éventuels prédateurs cosmiques tels que l’homme lui-même s’apprête à devenir.

Le choix de la paix ou de la guerre
Il est donc incohérent de penser que des êtres capables de voyages interstellaires puissent claironner leur existence comme on le prétend avec des programmes tels que SETI. Pacifiques ou non, ils se garderaient bien de faire le moindre bruit inutile. Une analyse dépassionnée du problème stratégique posé en termes de pure sécurité pour l'espèce démontrerait que l’homme devrait d’ailleurs lui aussi s’abstenir de claironner son existence aussi longtemps qu’il persiste à vouloir devenir un potentiel chasseur prédateur cosmique. Car pour ce chasseur prédateur qu’il veut être, tout terrain inconnu devrait à priori être peuplé d’autres prédateurs qui seraient d’autant plus à redouter qu’ils semblent inexistants. Et notre seule galaxie devrait rester encore pour longtemps, sinon pour toujours, un terrain inconnu où l’absence d’autres prédateurs ne pourrait être décrétée qu’après une très longue chasse.

En raison de son ignorance, l’homme devrait donc dès aujourd’hui prendre une assurance cosmique de survie :
- en faisant le choix de prouver à l’univers tout entier son pacifisme par une démonstration de sa volonté de renoncer à ses pratiques millénaires de prédation et de violence,
- ou en faisant le choix contraire de se taire tout en se préparant à la guerre.
Nous ne pourrions de toute façon nous dissimuler face à des êtres aussi avancés. Mais le choix du pacifisme pourrait nous assurer la protection des ET bienveillants, alors que le choix de la guerre nous attirerait au mieux l'indifférence des bienveillants et plus probablement la foudre de tous.
Consciemment ou non, le choix de l’homme pour la prédation et la violence est à ce jour sans ambiguïté pour tout observateur ET. Face à l’Au-delà extraterrestre, il a jusqu’ici adopté la position de l’indien d’Amérique condamné dès le départ à disparaître face à la technologie de blancs capables de franchir les mers. Des êtres capables de franchir des espaces interstellaires seraient encore bien plus redoutables, et vouloir parier sur leur inexistence ou sur leur manque de clairvoyance pourrait nous être tout aussi fatal.
Nous ne pourrions compter que sur leur sagesse pour survivre, une sagesse qu’une très longue préparation au voyage leur aurait peut-être laissé le temps de cultiver, contrairement aux blancs. Mais cette sagesse elle-même pourrait aussi ne pas être sans failles, la malveillance pouvant tout aussi bien exister que la bienveillance chez des êtres avancés.
Avec ceux de quel camp voulons-nous faire alliance ? L’homme devrait se décider avant d’aller trop loin.

Si elle pourrait beaucoup nous apporter dans un cas comme dans l’autre, la science ne pourrait pas mieux nous éclairer que le bon sens et la raison pour ce choix stratégique d’une initiative de protection cosmique.